« A Rome, on fait comme les Romains »

2016-08-09 17.55.54

L’un des derniers articles du blog :  « Ne nous appelez plus jamais Mulâtres », a suscité beaucoup de réactions, la plupart très positives, mais d’autres, plus amères. Parmi ces dernières, il en est une que je retiendrai, car elle nous a tout à coup renvoyé à ce que finalement, malgré tous nos efforts, nous ne finirons jamais d’être : des étrangers.

Au Québec, nous sommes des immigrants, et contrairement aux immigrés, le participe présent indique que notre processus migratoire sera à jamais inachevé.

Au tout début, nous avons cherché à découvrir notre nouveau pays. Nous avons voyagé d’un bout à l’autre de la belle province, et même au-delà, nous avons goûté aux spécialités culinaires comme le pâté chinois ou la poutine. Nous sommes allés aux pommes et à la cabane à sucre, on a mis des shorts l’été et des tuques l’hiver. On a fait du patin à glace, on a pêché le poulamon et on a exploré les parcs nationaux…

On a travaillé, étudié, fait du bénévolat, donné à la guignolée, payé nos impôts : on a essayé de s’intégrer.

Aux yeux d’un grand nombre de Québécois, ces efforts sont demeurés insuffisants. Alors, qu’attendez-vous de plus? Que nous prenions l’accent, que nous nous mettions à sacrer des tabarouettes et des câlines de bine? Que nous suivions la coupe Stanley et vénérions Céline? Que nous assistions au Noël des campeurs et organisions des soupers spaghetti ?

Après cela, cesserez-vous de nous demander d’où nous venons, lorsque vous nous croiserez et de nous rappeler très délicatement qu' »A Rome, on fait comme les Romains » lorsque nous avons des opinions?

Parce qu’on aura beau faire tout ce que vous faites, nous sommes qui nous sommes. Emigrer n’a pas effacé notre culture, notre langue et ce en quoi nous croyons. L’aboutissement de notre immigration, l’obtention de la citoyenneté, ne nous a pas blanchis pour autant.

Et nous avons pourtant l’audace de croire qu’il nous est possible, malgré tout, de vivre en paix au Québec, sans avoir à renier notre identité complexe. L’intégration n’est pas l’assimilation. C’est l’adaptation à un nouveau mode de vie et non la négation de ce que nous ont légué nos parents.

Pour finir, savez-vous pourquoi nous avons choisi de vivre au Québec? Parce que nous pensions qu’ici, nos enfants métisses auraient moins à subir le racisme et la violence. Nous pensions le Québec comme une terre d’immigration, bâtie par des hommes et des femmes de cultures différentes, où chacun pouvait trouver sa place dans l’acceptation de l’autre. Nous continuons à  y croire.

A la petite phrase assassine « A Rome on fait comme les Romains », je répondrai par la devise de Themetis : « la diversité est une richesse »!

 

 

 

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18 réflexions sur “« A Rome, on fait comme les Romains »

  1. Parfois j’ai l’impression que l’intolérance à « l’étranger », même parfaitement intégré, est beaucoup plus prononcée dans les zones où justement il y a eu beaucoup d’immigration, quelle qu’en soit la/les cause/s (invasion, besoin de main d’œuvre, échanges commerciaux, etc)

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    • Je ne sais pas. L’intolérance est présente partout mais je te dirais qu’au Canada, c’est surtout les francophones qui me renvoient du négatif. Pas tous, bien sûr, mais je travaille en milieu plus anglophone en ce moment et je fais une vraie différence. Le milieu est bien plus mixte, on y trouve beaucoup plus de diversité…

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  2. j’aime ta conclusion.
    Nous avons vécu sur une ile des Antilles pendant près de 15 ans. Nous y avons trouvé amis, bonheur, travail. Nous avons eu des activités sportives en club. Nous avons fait du bénévolat, nous sommes investis dans des associations. Nous étions des anniversaires, des communions… des enterrements… pourtant, toujours on m’a fait sentir que je n’étais pas sur l’ile chez moi. j’y étais la bienvenue (pour la plupart… mais pas tous)… mais je n’étais pas chez moi… quoique j’ai pu faire, ma blancheur de dentifrice (comme le dit si bien ma fille toute noire) n’a jamais été effacée, zappée…

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    • Je finis par croire que c’est le lot de tous les déracinés, quelle que soit notre couleur… Je vis la vie d’une immigrée et je comprends mieux les frustrations de ceux que j’avais côtoyés en France… J’espère seulement que pour nos enfants, une génération plus tard, cela sera plus facile.

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    • Sauf qu’il n’y a rien de comparable entre la situation d’une personne blanche dans une île où vivent des personnes issues de déportation comme les îles de la Caraïbe.

      Vous semblez « oublier » quelle fut et quelle est encore la place que les blancs y occupe dans le système colonial français et à quel point la hiérarchie raciste du pays vous privilégie là où elle écrase les noirs, aux îles caribéennes comme au continent.

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    • Je n’ai pas fini ma première phrase ! Ça m’apprendra à me relire…

      Je disais donc que votre situation n’a rien de comparable avec celle décrite dans l’article surtout dans les îles de la Caraïbe du fait du système colonial de hiérarchisation raciste.

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  3. J’ai la même devise que toi. Je suis effarée de voir à quel point on peut avoir peur de l’autre de celui qui est différent.

    Après, mon commentaire va rejoindre un peu celui de la Carne. Je ne suis pas partie aussi loin que vous deux. Je n’ai pas émigré comme toi. Et pourtant. Et pourtant, ici, même si nous avons des amis. Même si pour nous, tout se passe bien (on a seulement eu le « IFF » d’accueil lors de l’achat de la maison il y a 6 ans, tous ceux qu’on croise et cotoie, y compris des natios pur sure, nous parlent avec chaleur), nous ne serons jamais considérés comme des corses, y compris mon fils qui est né ici ! Ça fait parfois mal au coeur…

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    • C’est quoi IFF? Je suis bretonne alors je comprends ce que tu peux vivre… Les Bretons et les Corses se ressemblent beaucoup à ce niveau… Autant la force de l’identité est bénéfique pour la survie de la culture, autant c’est synonyme d’exclusion pour tous les autres, et ça, c’est vraiment moche.

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  4. Tres beau billet. Je comprends ce que tu ressens. Pour avoir vécu la meme chose en France. Ici je le vis aussi mais c’est moins douloureux car je ne me considere pas du tout comme Quebecoise (mon coeur est resté en Ontario) . C’est tellement épuisant de devoir se justifier et de se voir systématiquement refuser le droit a la parole parce qu’on est le senpiternel étranger citoyen de la zétrangie.
    J’adore ta conclusion et ta fille est vraiment belle 🙂

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    • L’Ontario m’attire, car chaque fois que j’y suis allée, je m’y suis sentie bien. Je trouve les anglophones plus ouverts et moins discriminants. La région de Montréal est assez spéciale aussi car elle accueille un très grand nombre d’immigrants, ce qui génère un sentiment d’insécurité chez les Pures Laines. En Gaspésie, par exemple, on s’était sentis très bien aussi et pourtant, c’est au Québec… Bref, déménager encore, tout recommencer dans une autre province, nous l’envisageons parfois mais j’avoue que je ne trouve plus cela aussi facile, maintenant…
      Merci pour mon bébé, Madame Gaou ❤

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  5. Ton article est – comme tous ceux que j’ai eu le plaisir de lire – excellent et résume parfaitement la situation.
    C’est malheureusement très souvent l’ambivalence de la situation du « migrant volontaire » qu’il soit là depuis 1 an ou depuis …plus de 30 comme moi…
    Il semblerait que les choses soient plus faciles à Londres me suis-je laissé dire par ma fille qui y vit depuis plus d’un an … Enfin à Londres, pas dans tout le Royaume Uni …
    Quoiqu’il en soit les choses sont à Paris comme tu les décris au Québec … Je m’y suis faite … mais je constate que mes parents – dont la culture d’origine est probablement plus ancrée – ont plus de mal quoiqu’ils veuillent bien laisser paraître …
    Bisous et au plaisir de te lire…

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    • Merci de ton commentaire, Béatrice. Eh oui, c’est difficile et tu fais bien de distinguer le migrant volontaire de celui qui n’a pas le choix. Car celui-là, on ne l’entend jamais, il ne s’exprime pas, de peur du renvoi… Oui, j’ai la chance de pouvoir m’exprimer sur le sujet, alors je le fais, au nom de tous les autres (je travaille auprès de femmes immigrées ici)…

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