Le malheur des autres peut-il être inspirant?

Un jour, on m’a demandé d’organiser une conférence inspirante sur le cancer.

Il m’a fallu un temps certain, une très longue réflexion et beaucoup d’auto-suggestion, pour me convaincre que c’était possible…

Evidemment que survivre au cancer tout en gardant le sourire est profondément admirable et permet à ceux qui vous regardent, de relativiser tous les autres petits maux de la vie, ceux qui ne tuent pas.

Evidemment, que se tenir debout malgré la douleur dans notre chair, malgré, parfois,  le décompte des jours qui nous restent à vivre et malgré l’apitoiement dans le regard des autres est la preuve d’une grande et belle force intérieure.

Mais lorsqu’on a à se battre contre cette maladie, je ne suis pas certaine qu’inspirer les autres soit une source de réconfort. On préférerait être de l’autre côté, celui des gens qui vous admirent pour votre courage, parce que la maladie, c’est moche, c’est dur et ça fait mal.

Le handicap est aussi, paraît-il très inspirant.

Les personnes handicapées ont également leur lot d’admirateurs. Il leur suffit de simplement essayer de vivre comme tout le monde : sortir en ville, faire leurs courses, chanter, danser, écrire, travailler, faire des enfants, nager, parler, crier, sauter, lire le journal, boire leur café et rire. Il y a aura alors toujours quelqu’un pour les trouver « inspirantes ».

Comme disait Stella Young « Je veux vivre dans un monde où les les attentes envers les personnes handicapées ne sont pas si basses qu’on nous félicite de nous lever et de nous rappeler de notre nom le matin« .

 

Les réfugiés, la nouvelle catégorie de personnes inspirantes

Cette année, pour la première fois dans toute l’histoire des Jeux Olympiques, une équipe composée de réfugiés a participé aux épreuves : la jeune syrienne Yusra Mardini restera  d’ailleurs, pour nous tous, une icône inspirationnelle. Yusra n’a pas gagné de médaille à Rio, mais elle a gagné le coeur de millions de personnes par son courage et son talent.

Les réfugiés inspirent. Ces gens qui vivent tant de malheur, tant de misère, et qui  malgré tout continuent de vivre, d’avoir des enfants, de marcher. Mais que voulez-vous qu’ils fassent d’autre?

En juin dernier, j’assistais à la cérémonie des Meritas de l’école secondaire de ma fille. Les prix défilaient à grande vitesse car les nommés étaient nombreux et le temps compté. Le prix de la persévérance scolaire, de sciences, de français, d’anglais, de musique, d’engagement communautaire etc. Au moment de décerner le prix coup de chapeau (je me demandais bien ce que c’était que ce prix mystérieux), on appelle sur la scène trois jeunes adolescents, deux filles et un garçon. Une enseignante nous les présente alors comme trois jeunes réfugiés syriens « inspirants » arrivés depuis quelques mois seulement et « qui nous font nous sentir meilleurs ». Qu’avaient-ils accompli? Ils étaient juste eux-mêmes et récompensés pour leur potentiel inspirationnel. Parce que le simple fait de les voir, faisait du bien à beaucoup de gens.

Le malheur des uns fait briller le bonheur des autres.

Trouver le handicap, la maladie, la misère inspirants, c’est comme se dire « Aussi horrible que soit ma vie, cela pourrait être pire. Je pourrais être comme cette personne. » (Stella Young).

On regarde des gens qui éprouvent plus de difficultés que nous mais qui vivent malgré tout, car ce sont des personnes, des humains. Nous les regardons et puis nous nous regardons. Et nous nous sentons mieux. Ils nous ont inspirés, nous ont motivés et donné du courage.

Et si, au lieu de cultiver notre inspiration en admirant des personnes qui ne font rien d’autre qu’essayer de vivre comme nous, et si nous les considérions tout simplement comme des hommes et des femmes ordinaires, nos égaux.

Je voudrais remercier chaleureusement mon amie Magda pour avoir accepté d’illustrer ce petit article pas très drôle mais qui me tient à coeur. Magda tient un excellent blog photo où elle expose son talent et je vous invite à aller y faire un tour : anteketborka.com

 

 

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17 réflexions sur “Le malheur des autres peut-il être inspirant?

  1. Ton billet, comme d’habitude, est excellent ! Il porte à réfléchir … Je crois que la nature humaine fait on sorte qu’on se console en regardant le malheur des autres… Et tu as très bien verbalisée le tout dans ce billet. Je te remercie énormément pour ta gentillesse envers mon blog et mes photos ! Ça me touche énormément !!! Merci mille fois !!!!

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  2. Très chouette article avec des mots si justes. Je suis moi même handicapée et j’avoue être souvent agacé par cet aspect des choses.
    Et je ne parle pas que du handicap mais de toutes les situations où on ne voit plus la personne mais seulement ce qu’on se représente d’elle.

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  3. Très juste ta réflexion, J’ai remarqué que certains étaient attirés par le « malheur » des autres qui les valorisent en quelque sorte, qui leur fait oublier leurs propres soucis.
    J’adhère entièrement à ta conclusion et si on était simplement tous égaux ?

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  4. Je confirme c’est pareil pour les troubles mentaux (ou trucs classés dans les troubles mentaux comme l’autisme).

    Avec une subtile nuance qui rajoute du piment : c’est la famille, les parents qu’on trouve « inspirants » d’avoir « autant de courage » pour « supporter ça » et « quand même » aimer leurs enfants. « Enfin, ma pauvre Lucette, heureusement qu’on n’est pas à leur place ».
    Manque total de respect quoi.

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  5. Pingback: Le malheur des autres peut-il être inspirant? — Themetis – trolldejardin

  6. « Mais que voulez-vous qu’ils fassent d’autre? » Exactement!
    En meme temps je dois dire que de voir des gens qui sont passes par des choses dures et sont arrivees a reconstruire une vie heureuse peut aider a retrouver le moral et le courage parfois quand la vie devient plus dure.
    En tous cas j’ai hate de voir les jeux paralympique, pas parce que je trouve ca inspirant, mais j’ai enormement de respects pour les athletes qui participent aux jeux et dont le travail de toute une vie est recompense (ou non) une fois tous les 4 ans

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    • C’est normal de s’inspirer des personnes qui réalisent des exploits et sont des modèles de persévérance, des gens qui ont du talent, de ceux qui réalisent des choses positives. C’est tout à fait normal de s’inspirer des athlètes paralympiques. Moi aussi, je les admire parce qu’avec mes deux bras et mes deux jambes, je ne leur arrive pas à la cheville 😉

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