Je suis féministe et je porte le nom de mon mari

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Je suis féministe. Ceux qui me connaissent vous le diront. Je suis la première à élever la voix et la plume contre les violences et les injustices sociales que vivent les femmes de par le monde. Je travaille dans un organisme féministe avec des femmes, pour des femmes. Et lorsque je rentre le soir, à la maison, je retrouve mes trois filles à qui j’essaie d’inculquer mes valeurs dont celle de l’égalité entre les sexes.

Je suis féministe et je porte le nom de mon mari.

Certaines trouveront cela contradictoire. En effet, au Québec, où je vis, les féministes ont obtenu le fait de conserver leur nom de naissance après le mariage. C’était en 1981. Mais, revers de la médaille, les femmes n’ont plus le droit d’adopter celui de leur mari. « Chacun des époux conserve, en mariage, son nom ; il exerce ses droits civils sous ce nom. » (Code Civil – article 393).

Lorsque je suis arrivée, voici quelques années, je portais déjà le nom de mon époux (que je persiste à utiliser comme nom d’usage) et j’ai dû déterrer mon vieux nom de jeune-fille que je n’avais pas porté depuis dix ans.

J’ai un nom trop compliqué

Chaque année, à la rentrée des classes, j’étais celle qui faisait bafouiller les professeurs et rire les copains. Quand arrivait le temps de l’appel, c’était toujours la même histoire. A l’approche de la lettre « G », je commençais à stresser, mon ventre se nouait et je n’avais d’autre choix que d’attendre l’inévitable cafouillage, le massacre de mon nom de famille, pourtant pas si difficile si tu prends le temps de lire correctement et de prononcer TOUTES les lettres. Parfois ça ressemblait à un nom de chien asiatique, parfois à rien du tout mais c’était toujours drôle et d’ailleurs toute la classe se tordait de rire. Je me demande même si les élèves qui me connaissaient déjà n’attendaient pas ce moment avec délectation.

Adulte, cela n’allait pas mieux, sauf que je prenais les devants : j’épelais systématiquement mon nom avant qu’on ne me le demande. Cependant je ne pouvais échapper à l’inévitable question : Tiens, c’est original, vous venez d’où?

Mon nom de jeune-fille sonne étrange(r).

Je suis bretonne mais personne ne me croit. Mon nom est rare, il n’est porté que par quelques finistériens au teint buriné par le vent et le sel de l’océan qui se fracasse sur les falaises de granit de la pointe du raz.

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En entendant mon nom, les messieurs et mesdames Toutlemonde pensent que je viens d’un ailleurs où le pied ne foule que le sable, sous un soleil de plomb, de l’autre côté de la méditerranée. Et comme mon teint et mes cheveux viennent conforter leur hypothèse, je peux alors m’épuiser en explications. Le doute en leur esprit demeure. Ils ne me croient pas!

Cela me serait bien égal mais, après tout, ce n’est pas moi. Parce que je suis bretonne, que j’ai été élevée au beurre salé et aux langoustines et que ma grand-mère était brodeuse de coiffes.

Alors quand j’ai eu l’opportunité de changer…

Je n’ai pas renié mon nom : je me suis facilité la vie. Et je vais faire taire tout de suite les mauvaises langues : non je n’ai pas choisi mon mari en fonction de son nom. Si cela avait été le cas, j’en aurais épousé un avec un nom bien plus beau, bien plus prestigieux, un nom avec une particule et pourquoi pas,  la petite fortune qui va avec.

Néanmoins, mon sénégalais de mari avait paradoxalement (je continue de trouver cela incroyable) un nom bien plus passe-partout que le mien, certes pas très breton mais tellement plus facile à écrire et prononcer. Finies les explications sans fin, les cafouillages et les jeux de mots. Enfin, on me fichait la paix !

De toutes façons, lorsqu’on est une femme, on porte toujours le nom d’un homme : celui de son père ou celui de son mari. Il en est un des deux que nous pouvons choisir.

C’est vrai qu’en cas de divorce, c’est plus compliqué.

La loi québécoise de 1981 n’a pas seulement satisfait les féministes. Elle a aussi simplifié considérablement la vie des fonctionnaires. En effet, en cas de divorce et de remariage et de re-divorce et de re-remariage, le changement d’état-civil nécessite moins d’énergie et d’argent lorsque l’épouse conserve son nom de jeune-fille.

En France, quand notre médecin de famille a divorcé (mon médecin était une femme), et qu’elle a voulu se faire appeler Docteur L au lieu de Docteur T, cela m’a fait tout drôle. Je la connaissais depuis dix-huit ans. Dans mon esprit, son nom était fortement associé à son visage et à son stéthoscope. Je n’ai jamais réussi à m’y faire. J’ai continué à penser à elle comme Docteur T, l’autre était une étrangère pour moi.

Quand on change de nom, il faut être optimiste et croire que le mariage c’est pour la vie…

Finalement, l’important est d’avoir le choix.

Je me suis mariée en France et j’ai eu le choix : garder mon nom, prendre celui de mon mari ou garder les deux, dans le sens que je voulais. J’ai choisi d’être optimiste.

Le Québec est une exception canadienne et même nord-américaine. Au Canada, comme aux Etats-Unis, les femmes choisissent, en grande majorité d’épouser le nom, en même temps que l’homme. Elles ont leurs raisons et nul ne doit les juger. L’important est qu’elles aient le choix.

Et si les hommes prenaient le nom de leur épouse?

Il paraît qu’en France ou aux Etats-Unis, c’est possible. Moi, je ne suis pas contre mais je ne pense pas que mon mari, après avoir vécu plus de quarante ans avec un nom de quatre lettres, soit enclin à adopter un nom qu’il doive épeler, qui prête aux jeux de mots et qui attire toujours la même question : « C’est de quelle origine? »

 

 

 

 

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27 réflexions sur “Je suis féministe et je porte le nom de mon mari

  1. Comme tu dis en conclusion: l’important, c’est d’avoir le choix. J’avoue que je me suis habituée à mon nom de famille et que si je devais me marier, je n’en changerait pas ou alors pour avoir le même que les enfants qui ont nos deux noms accolés. Mais nous avons tous deux des noms simples et courts.

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    • Oui, toutes les situations sont différentes. Tu peux être attachée au nom de ton père comme tu peux vouloir porter le même nom que tes enfants. Dans ce cas, pourvoir accoler les deux noms est la bonne solution.

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  2. Je suis tout à fait d’accord avec le côté simplificateur de la loi québécoise. Avec le recul, ça aurait été sacrément plus simple pour moi ^^ : mariée-divorcée-mariée-divorcée-mariée. Aujourd’hui, pour simplifier, j’ai gardé mon nom de jeune fille et je lui ai ajouté celui de mon mari. Cela dit, certaines administrations persistent quand même à zapper mon nom de jeune fille sur les papiers.

    Après, d

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    • Arf, doigt qui dérape sur le clavier, dsl

      Dans le fond, je suis plutôt pour le choix. Des deux époux. Parce que ce qui est arrivé dans ton sens à toi, pourrait arriver dans l’autre sens et m’est avis que certains hommes auraient sans doute apprécié de pouvoir prendre le nom de leur épouse en cas de nom difficile à porter quelle que soit la raison !

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      • C’est pas faux… Quand tu vois que mon homme estime être « dépendant » de moi (ou de ses collègues) parce que c’est moi qui garde la voiture en journée (et qui donc vais l’emmener et/ou le chercher si il n’a pas de collègue pour le co-voiturer) alors que la voiture resterait sur le parking de la boite toute la journée et que moi je peux en avoir besoin de manière imprévue, je ne suis pas sûre qu’il aurait envisager de prendre mon nom quand nous nous sommes mariés !

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  3. Tu fais ce que tu veux et c’est le plus important. J’ai fait le choix de garder mon nom et ça gêne les gens en France. C’est rigolo que ce soit différent ailleurs. Prendre le nom de ton mari ne veut pas dire que tu te soumets à lui, et heureusement !

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  4. J’ai beaucoup aimé cet article, qui prouve, encore une fois, qu’il n’y a pas de vérité absolue, et que tous les choix conscients méritent le respect. Personnellement, la question n’est pas du tout d’actualité, mais j’ai déjà exprimé à mon amoureux mon souhait de conserver mon nom de jeune fille. Comme je n’aurais pas accepté qu’il m’impose le sien, je ne souhaite pas l’obliger non plus à prendre le mien, mais je pense accoler nos deux noms ; question de cohésion si jamais enfants il y a 😉

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  5. Toujours drôle, intelligent et tendre ! Figure toi que mon mari, mes enfants et moi même portons depuis une dizaine d’année un nom de famille composée, à savoir : le nom du père de mon mari jusque là RAS, auquel on a accolé le nom de famille de sa deuxième femme (qui n’est donc pas la mère de mon mari) avec la famille de laquelle nous n’avons aucun lien ni affinité ! Tout cela pour des histoires d’adoption et d’héritage ! Le comble c’est qu’elle porte seulement le nom de son mari lol !

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  6. Je découvre votre blog par hasard via hellocoton. Et j’aime beaucoup cet article :).
    Je ne suis pas mariée mais je me suis déjà interrogée sur mon choix si cela arrivait un jour. Je me débattais justement avec ma conscience féministe qui me donnait l’impression de la trahir si je prenais le nom de mon conjoint. C’est pour ça que j’aime beaucoup cette mise au point salutaire : on porte forcément le nom d’un homme, que ce soit celui du père ou celui du mari ; et il en est un que l’on peut au moins choisir :)).
    J’ai moi aussi un nom de famille un peu compliqué. Enfin, en soi, pas tellement mais les gens ne sont jamais fichus de l’orthographier correctement et c’est une vraie plaie, il faut l’épeler plusieurs fois en permanence (toujours une ou deux erreurs à chaque fois, systématiquement)(et bon, neuf lettres, c’est long ^^), c’est même devenu une private joke avec mon ami ^^. Du coup j’avoue qu’il m’est arrivé de me faciliter la tâche récemment en donnant le nom de famille de mon ami lors de réservations…
    Pour certaines, je sais qu’il est important d’avoir le même nom de famille que ses enfants. J’avoue ne jamais y avoir réfléchi avant, mais je découvre effectivement que cela peut être une vraie galère administrativement de porter un nom différent de celui de mon bébé.

    Bref, merci pour cet article et les réflexions qu’il soulève :).

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    • Alors toi aussi tu as connu cette galère ? 😉 Ça me fait plaisir d’être comprise car dans mon entourage professionnel mon choix pose souvent question, même si mes collègues sont trop respectueuses pour le souligner ouvertement. Concernant les enfants, j’aime que nous nous appelions tous du même nom. C’est comme un symbole d’unité familiale. Mais ça, c’est moi et je conçois que l’unité puisse se vivre aussi dans la pluralité des noms 🙂 Bienvenue chez moi, Edgar (un jour j’écrirai un article sur les prénoms 😉 )

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  7. En France il existe une vraie confusion sur le sujet. Contrairement à une vue machiste une femme qui se marie ne perd pas son nom (par exemple pour la sécurité sociale ou les listes électorales c’est sous son nom qu’elle est inscrite).
    La formulation juste est Dupont épouse Durand alors que souvent on entend ou lit Durand née Dupont.
    Avant il n’existait pas la possibilité de donner les deux noms aux enfants et nous l’avons regretté. Aujourd’hui c’est possible

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  8. C’est tellement ca, l’important c’est d’avoir le choix! C’est marrant parce que mon nom vient d’Europe de l’Est mais tout le monde pense qu’il est breton. Et quand je dis d’ou il vient certains hochent la tete comme si ca explicait quelque chose sur mes origines et ma couleur brune, alors que je n’ai aucun lien de sang avec ce nom.
    Et celui de Mr ressemble trop a mon prenom du coup ca ne marcherait pas 😉

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  9. Au Bresil c’est possible à l’homme d’adopter le nom de sa femme et à quelque des conjoints d’adopter le nom de sa mère, oas exclusivement de son père. C’est une législation très évoluée la brésilienne. Félicitations de la réflexion.

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