Inceste : quelle est la juste peine?

Un jour, j’ai dû juger un homme et ma vie, à jamais, en sera transformée.

Convoquée comme jurée dans le procès d’un père incestueux, j’aurais volontiers cédé ma place, mais la loi est la loi. Un jour, j’ai dû juger un monstre, c’était il y a des années. J’y pense encore, parfois. La petite fille a dû bien grandir. Elle est une femme maintenant. J’espère seulement qu’elle va mieux. Je ne l’oublierai pas.

C’est un fait divers qui ravive ce douloureux souvenir. Un père incestueux vient d’être condamné à deux mois de prison par un juge américain qui estime que ce gentil papa a de bonnes chances de retrouver le droit chemin. Deux mois…

Lorsque je me suis assise à ma place de jurée, auprès de mes compagnons justiciers, nous savions que les jours à venir seraient terribles. A notre gauche, cet homme ordinaire ni beau ni laid, insignifiant, semblait se demander pourquoi il se trouvait à la place de l’accusé, ce banc de bois où des centaines, peut-être des milliers de criminels s’étaient succédés avant lui. Des tueurs, des braqueurs de banques, des violeurs et des mauvais papas. Jamais nous ne croiserions son regard.

Face à lui, une petite fille de huit ans, un visage rond encadré de beaux cheveux châtains. Une petite fille ordinaire, un peu boulotte, un peu timide, une petite fille qui avait subi l’horreur. Sa fille.

Cinq jours de procès s’en sont suivis. Cinq jours où l’innommable fut nommé. Nous avions touché le fond l’âme humaine dans toute sa vulgarité. Mes compagnons d’infortune et moi-même vivions un grand malaise à subir tout cet étalage de preuves et de témoignages aussi indécents les uns que les autres. Je me souviens encore de la tante et la grand-mère de la petite, venues au secours du monstre. « C’est de sa faute à elle, c’est une petite allumeuse! » avait crié la tante. Inversement des rôles, la victime devenait coupable.

Dans le procès de Martin Blake, le père américain qui vient de bénéficier de la très clémente sentence, la mère de la fillette, elle-même, est venue témoigner en faveur de son mari. Famille, amis, ainsi que les membres de sa communauté religieuse,  tous étaient au tribunal pour soutenir l’accusé. Personne n’a parlé au nom de la gamine de douze ans qui avait été violée à plusieurs reprises par son salaud de père.

Lorsque nous, jurés populaires, nous sommes retrouvés dans la salle de délibération, il n’a pas été difficile de déterminer la culpabilité de l’accusé. Il avait avoué. Venait alors la décision de la peine. C’était en France. Le juge nous a rappelé la loi. Nous avons fait un tour de table. Nous étions des hommes et des femmes. La plupart d’entre nous avaient des enfants. J’avais deux filles et j’ai pensé à elles. J’ai pleuré.

Juger des hommes, c’est un métier et je ne l’avais pas choisi. Cela m’est tombé dessus, un jour de printemps, il y a neuf ans et chaque fois que j’y pense j’ai mal au ventre. J’ai cependant accompli mon devoir de citoyenne avec beaucoup d’application.

Le type en a pris pour sept ans. Mes collègues jurés et moi-même avons porté ensemble sur nos épaules la responsabilité de la peine. Lorsque le juge la lui a annoncée, il a poussé un petit cri d’exclamation. Il était surpris. Il nous trouvait sévères. Moi, j’aurais souhaité lui asséner la perpétuité. Mais le juge était là. Parfois la loi est mal foutue.

A l’heure où j’écris ces lignes, une pétition demandant une révision du procès de Martin Blake  a déjà récolté plus de 106 000 signatures, 106 000 citoyens qui estiment qu’un acte aussi odieux que le viol de sa propre fille mérite plus de deux mois de prison.

Deux mois, sept ans ou la prison à vie, quelle est, selon vous, la juste peine pour le crime d’inceste? 

Quelle est la juste peine pour que ces enfants se sentent écoutés et compris?

 

*Photo anteketborka.com, Pinceau deviantart.com

 

 

 

 

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23 réflexions sur “Inceste : quelle est la juste peine?

  1. Ma sœur a failli faire la même chose que toi très récemment. A son grand soulagement, elle a été remerciée (je ne sais plus le terme exact). Je n’aurais pas souhaité être à sa place, encore moins à la tienne. ma mère a eu du mal à comprendre ce point de vue, elle était plus dans l’optique « curiosité de voir de l’intérieur comment ça se passe ». En occultant le genre d’affaire que ça pouvait être. CE genre d’affaire.

    Deux mois, c’est juste à vomir. Autant ne pas le condamner. Franchement, ça veut dire quoi, 2 mois, dans ce contexte ? Ou il a commis ce crime et dans ce cas, il doit avoir une peine plus lourde, ou il n’a rien fait et il doit être acquitté.

    La juste peine ? Je crois que c’est très difficile à évaluer. Si les faits ont été reconnus par l’auteur ? Si il montre des remords ? Doit-on le condamner à la même peine que celui qui persiste à nier ou à ne pas comprendre l’horreur de ce qu’il a fait ? Cela dit, je verrais quand même un minimum de 10 ans. Et une obligation de se soigner : psychothérapie au minimum et éventuellement castration chimique si risque de récidive il y a.

    Quant à la victime, pour elle, pour « guérir », je crois que le plus important est que sa parole soit reconnue, que ce qu’elle a vécu soit reconnu, sans être minimisé. Reconnu par celui qui l’a commis et par ceux qui l’entourent. Mon dieu, comment peut-on dire d’une gamine de 8 ans que c’est une allumeuse ? Ces personnes-là mériteraient aussi d’être punies !

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    • Ta soeur l’a échappé belle. Personnellement, j’aurais voulu être exemptée de ce devoir-là… Je me suis sentie prise en otage. Maintenant, j’ai toujours le sentiment que les sept années attribuées à son père n’ont pas forcément aidé la petite fille à aller de l’avant. Les choses qui se sont dites lors de ce procès étaient terribles pour elle…

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  2. .. L’inceste, ça s’est passé dans ma famille. Un frère et une soeur. J’ai écrit un article à ce sujet, mais comme j’ai mal, comme ça me touche profondément, je me refuse pour l’instant à le rendre publique.

    Je ne vais pas dire que la famille avait raison de soutenir le coupable. Bien sûr que non. Mais je l’ai vécu, et le vis toujours de l’intérieur. Et quand victime et bourreau sont des personnes qu’on aime, avec lesquelles on a un lien profond .. Même si on fait la part des choses, on ne peut pas être aussi .. (il n’y a pas de bon terme pour qualifier ma pensée) Véridique.

    Quand la victime est venue se confier à moi, j’ai tout fait pour la considérer en tant que telle, l’écouter, la comprendre, et l’accompagner s’il le fallait dans ses démarches juridiques. J’étais prête à la soutenir face à lui, que j’aime pourtant profondément aussi.

    Mais rien ne s’est passé. La famille à décidé, bien malgré moi, de gérer ça en interne. C’est simplement devenu un tabou, qui détruit sa vie à elle et sa vie à lui, à petit feu. C’est terrible.

    S’il avait été jugé, s’il en avait prit pour 2 mois, 7 ans ou plus .. Je ne l’aurais jamais renié malgré l’horreur absolue de son acte. Je l’aurais soutenu aussi dans cette épreuve. Je suis incapable de le traiter de sous-homme, de monstre et de tout ce que tu veux. Alors que j’ai eu peur qu’il l’ait fait aussi à ma soeur, et à moi.

    Heureusement qu’il y a des personnes comme toi, et tes confrères jurés. Vous avez vécu une expérience traumatisante et portez tous les jours le poids de votre choix et cette histoire sordide sur vos épaules. Mais grâce à vous, la victime a été reconnue en tant que victime et ça, ça vaut tout l’or du monde. Et peut-être qu’à présent, la tante, la femme, la mère .. Ont cessé d’être dans le déni et reconnaissent aussi leurs torts.

    Mais tu as raison, deux mois, c’est ridicule. C’est quasiment cautionner l’acte. C’est se moquer de la souffrance.

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    • Les secrets de famille font bien des dégâts. Je ne pense pas qu’on puisse se reconstruire lorsque la crime dont on a été victime est nié par l’ensemble des personnes qu’on aime et qui sont censées vous aimer… Je ne pense pas. Je crois qu’il est important que le crime soit reconnu et puni pour passer à autre chose. Même pour le coupable… Ceci dit, j’ai détesté être celle qui punit. Ce n’était pas moi.

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      • Non effectivement, on ne peut pas se reconstruire. Ca continue de détruire sa vie et ça a des incidences psychologiques absolument terribles. Je me sens coupable de n’avoir pas fait plus. Le crime aurait dû être reconnu et puni.
        Je comprends que tu aies détesté ça. On t’a fait participer contre ton gré à une histoire affreuse dont tu as dû t’imprégner. Ca a dû changer énormément de choses pour toi.

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  3. Le mieux serait de définir une peine minimale obligatoire d’incarcération pour ce genre de crime.

    Lorsqu’une personne est victime d’un crime, la société via le procureur se substitue à elle, pour demander justice et envoyer un message de condamnation. C’est notamment le cas dans les pays anglo-saxons où la victime ne peut pas se porter partie civile dans un procès criminel et doit laisser quelqu’un qui n’a pas vécu dans sa chair ce qu’elle a enduré plaider sa cause, en l’occurence plaider sa cause. La victime n’a quasiment pas droit à la parole dans les procédures si ce n’est en tant que témoin, puis plus tard pour faire une déclaration dont le juge ne tiendra même pas compte lors de la détermination de la peine.

    Je trouve que lorsque la société se substitue à une victime et la baîllonne quasiment quant à l’expression de sa douleur ou de l’horreur de ce qu’elle a vécu, cette même société se doit de lui rendre justice comme il se doit. De nos jours, les juges ou l’opinion publique aiment bien faire la promotion des droits des coupables à travers la réhabilitation. Que fait-on d’un minimum d’empathie à l’égard des victimes? Que fait-on des droits de celle-ci?

    Dans les causes criminelles, la responsabilité des jurés est d’estimer l’accusé coupable ou non, sur la base des éléments de preuve. Si ceux-ci sont convaincants, je ne vois pas pourquoi est-ce qu’un juré devrait se sentir coupable de quoique ce soit ou encore porter une certaine responsabilité. En ce qui concerne la durée de la peine d’incarcération, au Canada comme aux États-Unis, c’est le juge qui décide. Quand bien même il en serait différent en France si je me fie au témoignage de l’auteure, Themetis, vous n’avez pas à vous servir coupable de quoique ce soit. Vous avez non seulement fait votre devoir de citoyenne, mais vous avez fait votre « devoir d’être humain » en permettant que justice soit rendue à quelqu’un qui en avait besoin.

    Je ne crois pas en la justice réhabilitative pour les auteurs de crimes sexuels, surtout ceux qui les commettent envers les enfants.

    Pour conclure, une autre histoire de juge crétin: http://www.dailymail.co.uk/news/article-3860168/Iraqi-refugee-raped-10-year-old-boy-Theresienbad-swimming-pool-sexual-emergency-conviction-overturned-Austrian-court-didn-t-prove-realised-boy-saying-no-incident-Austria-December-2015.html

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    • J’ai fait ce que j’ai pu dans cette affaire mais cela m’a laissé quelques traces indélébiles… Je ne pense pas non plus que la peine puisse être curative envers les papas violeurs. Celui que nous avons jugé n’a jamais mesuré la hauteur de sa faute. Il n’a jamais non plus compris à quel point il avait blessé sa fille. C’était juste un pauvre type. Nous l’avons mis en prison pour sept ans. Il en a certainement fait moins. C’est autant d’années où on l’a éloigné de la société et empêché de renouveler des actes odieux. C’est la seule chose qui me console. Je ne me suis pas sentie coupable. Je me suis simplement sentie prise en otage et mise à une place qui n’était pas la mienne. Mais j’ai fait de mon mieux, en mon âme et conscience…

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  4. Je n’ai pas d’enfant et les parents me disent souvent : « tu ne sais pas de quoi il s’agit ». Oui, mais j’ai été une enfant moi aussi, j’ai des cousines et cousins et Mon Dieu pardon, mais la peine de mort serait la plus adéquate.
    Je sais qu’il ne faut pas demander et/ou souhaiter la mort de son prochain (enfin, c’est ce que dit ma religion), mais Mon Dieu pardon à nouveau, mais un être humain qui viole un enfant, un adulte, une personne âgée doit selon moi subir la peine de mort.
    Ils recommenceront et nous n’avons malheureusement aucun « vaccin » ou traitement médical pour les empêcher de recommencer. Alors je vote pour la peine de mort pour ces violeurs et pédophiles !
    http://www.afrolyne.com

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  5. spontanément, j’ai envie de dire « à vie » … pour punir, pour protéger… 2 mois??!!! et après??? qui protégera cet enfant??!!
    La perpétuité étant visiblement mal venue… j’ai envie de dire que la juste peine doit être jusqu’à ce que les enfants de cette personne soient en âge de ne plus subir ces atrocités. Si l’enfant à 5 ans, au minimum 10 ans… minimum.
    Mais la perpétuité me semble plus sécuritaire…
    2 mois?! C’est à vomir!

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    • Oui, c’est une proposition raisonnable que tu fais là… Mais que fais-tu des femmes adultes qui dénoncent après plusieurs années? Le crime n’en est pas moins horrible après tout ce temps et mérite la même punition. Ceci dit, je n’ai pas de réponse, j’en suis encore à me demander si nous aurions dû prononcer une autre peine… Par contre deux mois, on est tous d’accord!

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      • je suis d’accord avec toi… le crime n’en est pas moins horrible. D’où ma première réponse: à vie. d’autant que même si on emprisonne ces personnes jusqu’à ce que les enfants soient en âge de se protéger… on met du coup en danger la génération des enfants qui arrivent…. 😦

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