Le scandale sexiste de la couche pour adultes

 

 

Lorsque j’étais enceinte de ma dernière fille, je me souviens des mots de cette sage-femme très sage concernant l’incontinence urinaire. C’est à l’occasion d’une séance mémorable de préparation à l’accouchement en piscine, alors que j’avais la tête entre les genoux de ma voisine, mon gros ventre  en l’air et une frite-nouille sous les épaules, qu’elle s’est mise à nous parler de pipi : « Laquelle d’entre vous a déjà eu des petites fuites? » À l’instar de mes copines, j’aurais bien levé la main mais j’aurais alors lâché la frite-nouille, ce qui aurait déstabilisé la propriétaire des genoux sur lesquels je me reposais, et provoqué une réaction en chaîne, plongeant alors la majestueuse chenille et que nous formions en débandade sans nom. « Les fuites urinaires ne sont pas une fatalité », nous a-t-elle alors sorti d’une voix forte et assurée. « Porter des couches lorsqu’on est adulte est anormal. Ne croyez pas les publicités où l’on vous montre des femmes jeunes et actives, heureuses de porter des culottes d’incontinence. Aujourd’hui, des solutions existent et se pisser dessus n’en est pas une! » C’était une sage-femme très sage et militante.

Évidemment, je ne m’étais jamais projetée à cette étape de ma vie où je devrais me résoudre à échanger mes serviettes périodiques pour des couches, et à vrai dire, je n’osais même pas l’imaginer. À trente-cinq ans, on ne pense pas à la dégénérescence, surtout lorsqu’on attend un enfant. Alors j’ai rangé ces paroles quelque-part, dans un tiroir de ma mémoire, et j’ai poursuivi ma route.

La culotte d’incontinence est la marque du mépris des médecins envers les femmes.

Plus tard, au cours de ma carrière, j’ai eu l’occasion de me rappeler ces mots. Je m’occupais d’une ressource d’hébergement pour personnes vivant avec des problématiques psychiatriques et l’une des résidentes, une femme de quarante-deux ans, était venue se confier à moi car elle éprouvait depuis quelques semaines des difficultés liées à l’incontinence urinaire : elle avait des fuites. Immédiatement je lui ai pris rendez-vous chez le médecin, pensant naïvement que celui-ci investiguerait ou l’enverrait vers un urologue. Elle est revenue avec une prescription pour des couches! Pas d’auscultation, pas d’examen, pas de référence vers un spécialiste. Vous faites pipi dans votre culotte, madame? Eh bien portez des couches… Elle a pris la nouvelle avec fatalité et résignation, comme si, à quarante-deux ans, le temps était venu. J’ai beaucoup moins bien réagi. Ce jour-là j’ai eu la confirmation que le corps médical méprisait notre corps à nous, les femmes.

Cette petite fuite qui rapporte gros

Une femme sur trois est concernée par l’incontinence urinaire, les hommes, pour des raisons anatomiques, sont deux fois moins nombreux. La fuite urinaire est donc, avant tout, un problème de femmes, quel que soit leur âge. C’est aussi un marché très lucratif de près de 8.5 milliards de dollars américains  dont la croissance, évaluée entre 5 à 7%, suit de près l’évolution démographique des pays industrialisés. Bref, la couche pour adulte rapporte très gros à quelques géants comme la société SCA dont la marque la plus connue est Téna et qui affiche un chiffres d’affaires global (toutes marques confondues) de plus de 10 milliards de dollars américains. 

Nos petites fuites sont si lucratives pour l’industrie de l’incontinence, on pourrait presque penser que l’appât du gain a fortement influencé la banalisation de la couche pour adultes. D’ailleurs, c’est le message que véhiculent les publicités pour ce type de produits. On y voit des femmes actives, entre quarante et cinquante ans, qui travaillent, font du sport, vont au théâtre, au restaurant, ont des rendez-vous galants. Elles sont fières et heureuses de vous confier leur secret : elles portent des couches. Mais, chut! Ne le dites à personne…

Refusons la banalisation de la couche

Comme le disait si bien ma sage-femme très sage, se faire pipi dessus n’est absolument pas banal ni normal. Comment peut-on se sentir bien lorsque nous craignons la fuite à chaque instant? Comment concilier cet accessoire anti-érotique qu’est la culotte absorbante, aussi invisible ou soit-disant sexy soit-elle, avec une vie sentimentale? Comment continuer de sourire à son interlocuteur quand on sent que ça coule?

Les solutions existent pour remédier à ce problème (rééducation, opération). À part pour enrichir des sociétés déjà milliardaires, il n’existe aucune raison valable d’accepter de vivre le reste de sa vie avec cet inconfort et quoiqu’on en dise, ce sentiment de honte. La première démarche est d’en parler à un médecin et s’il vous tend une prescription de couches, ne vous laissez pas faire, réclamez les soins auxquels vous avez droit. C’est en nous indignant contre l’inacceptable que nous conserverons notre dignité!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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16 réflexions sur “Le scandale sexiste de la couche pour adultes

  1. Très bel article,bien écrit, imaginez un homme de 40ans à qui l’on dirait qu’il est normal d’avoir des fuites …ce serait une atteinte à sa virilité alors que pour une femme ce problème est banalisé et normalisé…injustice mysogine criante!

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  2. en lisant ce titre, j ai cru que tu allais aborder le fait qu on ne voit que des femmes dans les pubs pour couches
    je connais un homme qui a longtemps refusé la facilité des couches, mais l portait – et beaucoup d’hommes de son âge là où je bosse – des poches. pas sûre que ce soit mieux…

    après lecture, ce n’est pas un scandale sexiste, c’est la logique de notre sociétét de consommation. comme si « on » préférait te vendre rennie ou gavisconel à répétition plutot que de s’occuper une fois pour toutes de l’enzyme qui te brûle

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    • Tu as raison, c’est un problème lié à la logique de nos sociétés de consommation. Une femme qui commence à utiliser ce genre d’accessoires lorsqu’elle a 40 ans, avec l’espérance de vie actuelle, pourra en acheter pendant quarante autres années… Ça fait un paquet de couches et d’argent. Ceci dit, quand un problème touche deux fois plus de femmes que d’hommes et qu’on nie leur droit aux soins, je trouve cela « mathématiquement » sexiste, même si la volonté de départ n’est pas de nuire spécifiquement aux femmes, la conséquence est tout de même que ce sont les femmes qui sont pénalisées…

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  3. Je n’ai pas d’enfants mais cela n’irait pas également de pair avec le problème que nous rencontrons en France ? Beaucoup de jeunes maman m’on dit avoir beaucoup de problèmes pour faire de la kiné réadaptive pour périnée (désolée, mais je ne me souviens plus du terme).
    La dernière m’a même dit qu’on lui avait conseillé d’acheter ces fameuses culottes, le temps d’en trouver … J’avais été choquée, car oui, lorsque je vois ces pubs, je trouve ça inadmissible. Pour moi, ce type de problème survient tardivement dans nos vies …
    Ceci, dit, que demander au médecin s’il nous prescrit cette fameuse ordonnance ? Perso je ne sais pas …

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    • Ce problème peut survenir tardivement mais il peut aussi arriver dès la première grossesse. Seulement, beaucoup de femmes ont trop honte pour en parler et laissent la situation se dégrader pendant des années avant de consulter. Et quand tu finis par avoir le courage de le faire et qu’on te tend une prescription de couches…. 😦

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  4. problème lié à la logique commerciale et au fonctionnement de notre société… et problème en effet lié au regard que portent certains sur les femmes. Y a qu’à voir quand on nous parle des règles douloureuses. « c’est normal et patati et patata »… pour finalement découvrir un souci. Je m’égare?

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  5. Toujours cette belle manière de dénoncer des choses graves, avec une pointe d’humour !
    « Comment continuer de sourire à son interlocuteur quand on sent que ça coule? » Là tu nous as tué de rires !
    Ceci dit, c’est de notre sœur aînée qui vit au Canada (4 enfants), que nous avions appris que la rééducation du périnée ne s’y fait pas :-/

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